Manterrupting is a real problem

« Manterrupting » : Oh là là :ça existe !

by Gigal
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Je suis contente qu’on parle enfin et scientifiquement d’un  phénomène qui a représenté un lourd obstacle dans ma vie professionnelle (beaucoup moins maintenant, car j’ai appris à le combattre!) et dont beaucoup allaient jusqu’à en nier l’existence même. Ce phénomène se nomme en anglais le : « manterrupting » en français d’après la journaliste de FranceInfo (voir lien plus bas)  :  » l’hommeterruption  » suivi souvent d’un deuxième phénomène tout aussi terrible, le : « Bropropriating » ou « mensplaining« , en français :  » mecsplication « . Car enfin, des études sérieuses universitaires viennent de prouver que ces phénomènes existent bel et bien, n’en déplaise à certains messieurs !

Alors d’abord vous allez me dire: mais que se cache t-il derrière ces noms barbares ?

Comme nous l’explique la journaliste: « manterrupting / l’hommeterruption, c’est ce qu’il se passe quand une femme parle en public, à une réunion de travail par exemple, et qu’elle se fait, systématiquement et sans raisons sérieuses, interrompre par un homme, soit pour l’empêcher de continuer a s’exprimer, soit, pour soit disant expliquer mieux qu’elle, ce qu’elle s’apprêtait à dire et parfois, pour aller jusqu’à s’approprier ses propos, ses idées, ce qui devient du : » mensplaining/mecsplication »! Les femmes qui me lisent comprendront immédiatement de quoi je parle, car nous le vivons toutes, et très souvent, dans notre vie.

Manterrupting est un problème réel

Sous l’ampleur du phénomène de Manterrupting beaucoup de femmes, découragées, se taisent et perdent leur spontanéité et leur motivation, elles deviennent passives.

La majeure partie du temps dans mon travail, je me suis retrouvée dans la situation délicate d’être totalement empêchée de m’exprimer, de pouvoir donner mon avis dans un groupe, ou tout simplement, qu’on m’écoute. J’ai toujours été dans un milieu professionnel plutôt masculin. Que ce soit dans les boites où j’ai travaillé dans le passé, dans la communication ou le commerce international, où dans mon milieu professionnel actuel de l’exploration, de l’histoire ancienne, de l’archéologie, depuis plus de quinze ans, j’ai fait face à de gros obstacles, et chose incroyable : encore plus dans le milieu des idées alternatives où pourtant il devrait régner davantage d’ouverture d’esprit.

A l’université j’étais extrêmement timide, me mettant toujours au dernier rang pour avoir la paix (nous étions nombreux), jusqu’à ce qu’un grand professeur de Chinois classique, extraordinaire d’humanité et de sensibilité remarque mon isolement et mes écrits, et m’oblige à me mettre au premier rang pour pouvoir m’interroger publiquement souvent, pour qu’on entende ma voix à l’époque inaudible. Je peux dire aujourd’hui que c’est sans doute grâce à l’extraordinaire Monsieur Cheng, devenu depuis membre de l’Académie française, que j’ai progressé, appris à m’exprimer publiquement, à m’affirmer, à sortir de ma torpeur timide. C’est grâce à lui, que j’ai commencé à croire en moi, à mes capacités, et à fourbir mes premières armes qui m’ont été si utiles par la suite. Et c’est donc, grâce à un homme aux qualités rares, que j’ai pu me préparer à affronter ce que j’allais endurer avec d’autres beaucoup moins intelligents, et ça, je ne l’ai pas oublié…

Citation de Simone de Beauvoir

Une citation de Simone de Beauvoir pour lutter contre le Manterrupting

Car la lutte allait être dure. Non seulement on m’interrompait sans cesse dans les réunions de travail, mais bien pire au début quand je m’exprimais à une tablée : on détournait le regard et la tête , on faisait comme si je n’avais rien dit… Au début je pensais que je rêvais ou que je devenais parano, mais après plusieurs tentatives et différentes circonstances, je ne pu que constater l’ampleur de ce phénomène. On niait carrément mon expression, en montrant visiblement et volontairement une non écoute de mes paroles. C’était vraiment violent et je recevais cette information comme une claque en plein visage. C’était extrêmement insultant. Je n’arrivais même pas à y croire! Ne même pas être écoutée quand on dit quelque chose de sensé, à plusieurs reprises, ou même pire: quand juste on pose une question légitime sans obtenir la moindre réponse, celà s’apparente pour moi à de la torture pure et simple. C’est une action faite pour vous déshumaniser, pour nier le fait que vous êtes un être humain à part entière. Il ne s’agit pas d’une simple impolitesse, c’est une atteinte caractérisée à vos droits les plus élémentaires, à celui d’exister. La personne qui vous ignore en plein débat, ou sabote vos paroles, ou se les approprie, ne le fait pas inconsciemment comme certains aimeraient nous le faire croire, mais elle le fait avec l’intention précise de vous annihiler, d’effacer toutes traces de votre intelligence pour briller seul, exister seul. C’est quelqu’un qui vous efface sans aucun problème ni état d’âme, cela va plus loin qu’un simple manque de respect.

Pendant une conférence d'Antoine Gigal à l'université de Johannesbourg

Pendant une de mes conférences à l’université de Johannesbourg, devant 800 personnes. Photo©AntoineGigal

Je me souviens ainsi, pour ne parler que d’événements d’il y a quelques années à peine, comment des collègues masculins anglais et autrichiens, pendant tout un voyage en Afrique du Sud, ont tout fait pour m’ignorer, ne me répondant pas quand je leur parlais, allant jusqu’à ne pas m’adresser la parole pendant plusieurs jours, juste par pur sexisme et jalousie professionnelle.  Il fallait être solide pour supporter un isolement totale de plusieurs jours dans un pays inconnu pour moi de plus. Mais j’ai retourné la situation en parlant de ce que j’endurais a une femme sponsor de l’événement la bas, qui révoltée et voyant la réalité de ce que je disais (il faut dire qu’ils avaient été jusqu’à essayer de saboter mon temps de parole dans ma conférence publique devant 800 personnes!), me pris sous son aile pendant tout mon séjour et devint une amie très chère!

J’étais la seule femme à faire cette conférence avec 8 collègues hommes, on aurait pu penser que j’allais être chouchoutée! Alors, comme je suis très espiègle, j’ai commencé ma conférence en la dédiant particulièrement à toutes les femmes alors que ce n’était pas prévu, et en disant qu’il restait quand même un apartheid en Afrique du Sud  : celui des femmes! En tout cas, ça a tellement plu aux femmes du public que j’ose dire une telle chose « on stage », qu’elles sont toutes venues me voir à la fin de ma conférence et la plupart sont toujours dans mes contacts avec qui j’ai des échanges.

Mais j’aurais pu vous donner des centaines d’exemples qui se sont passé ailleurs, notament en France où ca été « gratiné » particulièrement avec des hommes qui n’avaient jamais mis les pieds en Egypte avant même d’écrire leur livres ou documentaires et qui m’avaient, moi et d’autres, largement copié. Je note tout dans mon journal, j’ai beaucoup de patience et je crois au karma !

Pendant une conférence d'Antoine Gigal à Johannesbourg

Pendant ma conférence de Johannesbourg. Photo©AntoineGigal-

Comme l’explique plusieurs études : celle de l’université de Californie, Santa Barbara et bien d’autres : les statistiques  le prouvent : après avoir enregistré des centaines de conversations, les hommes interrompent les femmes à l’écrasante majorité et plusieurs fois dans une conversation. La chercheuse professeur à la business school d’Harvard, Francesca Gino nous le répète, dans un récent article de la Harvard review: plusieurs études très sérieuses existent prouvant la réalité de ce « manterrupting » et son impact sur la vie des femmes.

Pour arriver à dépasser ce problème récurrent, il y a plusieurs techniques car il ne s’agit pas seulement de savoir s’affirmer. Imaginez vous que des femmes super affirmées, comme celles, dans l’équipe du président des États Unis ont été obligées de développer toute une stratégie pour pallier à ce fléau dans les cercles du pouvoir: quand une des leurs est interrompue, aussitôt une autre reprend son propos en citant le nom de sa collègue, et une autre encore reprend et ainsi de suite ! Et il paraît que cela marche elles ont même donné un nom à cette technique :  » l’amplification ». ( voir l’article dans les références)

Personnellement, et comme je suis souvent la seule femme dans les assemblées, après plusieurs années de « paralysie » j’ai commencé, c’est malheureux à dire, à élever la voix et à employer une tactique de répétition non-stop, même si je reçois des regards hostiles, et c’est efficace. Efficace oui, mais pénible aussi! En fait je ne lâche plus jamais le morceau! Les américains vous disent aussi de prendre certaines postures corporelles de pouvoir, comme vous lever et faire quelque pas en marchant ou désigner du doigt un interlocuteur…Bref tout un programme! Le problème maintenant c’est qu’on estime que je suis une femme forte et donc on ménage encore moins ma sensibilité qui est pourtant grande, mais au moins je me fait écouter!

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Beaucoup de respect, de confiance et d’amitié par contre dans mon travail sur le terrain avec les égyptiens. Photo©Gigal2016

Avouez quand même, que c’est incroyable que nous en soyons encore là à notre époque, et que cela génère autant de souffrance et de non-dits! Il y a de la place pour tout le monde et de toutes les opinions, pourtant il y a toujours des personnes ne cherchant qu’à vous dénigrer ou à empêcher de vous exprimer mais comme disait Simone de Beauvoir :            » Exister c’est oser se jeter dans le monde » alors, allons y,! Existons!

Texte, Photos & collages ©AntoineGigal-2016

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Références:

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5 comments

Peter Bu janvier 14, 2017 - 11:27

L’auteure évoque les difficultés objectives et subjectives qu’elles affronte. Devant cela j’aurais envie de m’incliner et de me taire. Cependant, toute pensée mérite réflexion qui ne l’annule pas nécessairement. On peut espérer élargir son champs.

La question du pouvoir masculin et de l’habitude de l’exercer est une des causes, évidente, de ce que Gigal décrit. Mais les interruptions de celle/celui qui s’exprime peuvent aussi provenir de la différence des modes de pensée (qui ne sont pas, faut-il le préciser, dues uniquement au sexe, mais bien plus à l’éducation, la formation et/ou la place dans la société).

En France, à la radio les journalistes, hommes comme femmes, n’arrêtent pas de parler à plusieurs en même temps, jusqu’à devenir inaudibles. Plus il y a de femmes participantes, plus se phénomène s’intensifie – pas à cause du sexe des uns et des autres, mais à cause de la difficulté à se comprendre mutuellement. Les femmes s’immiscent dans les interventions masculines avec la même ferveur que l’inverse… (Une exception : les émissions sur la finance et l’économie qui sont tout aussi brouillées même si, souvent, les participants sont uniquement des hommes. A quoi cela peut-il être dû -: ?)

Pour améliorer les échanges entre les femmes et les hommes, il serait utile qu’un « mâle » s’exprime sur ce sujet avec la même sincérité que Gigal.

Paralyser les discussions par ce qu’elle appelle « l’amplification” ne résout rien : si une telle technique est utilisée massivement les hommes finiront par aller jouer ailleurs…

Reply
Gigal janvier 16, 2017 - 1:03

Merci beaucoup pour votre témoignage: je suis d’accord pour le cheminement différent de pensée. Mais pour votre phrase:

« Les femmes s’immiscent dans les interventions masculines avec la même ferveur que l’inverse… »
Je ne suis pas d’accord:)) J’ai vu taucune discussion où les femmes interromperaient, systématiquement et tout le temps un même interlocuteur mâle comme je l’ai vu et subi moi-même. Et je parle de discussions non-privées dans un environnement professionnel ce qui aggrave la chose. Maintenant il serait bien que vous écriviez sur les moyens d’améliorer les échanges H/F, je suis preneuse ! Et encore merci pour votre témoignage.

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corinne octobre 25, 2016 - 7:36

J’ai bien connu ces pratiques au début de mon activité professionnelle qui était « traditionnellement » masculine. J »adhère à 100% à vos mots, ils sont si tristement exacts. Quand on est une femme on doit faire doublement, triplement ses preuves, même si nos compétences crèvent les yeux et les cerveaux. Il y a encore beaucoup de tabous à abattre, rien n’est gagné et rien n’est figé non plus.
Je l’ai dit déjà une fois, c’est pour toutes ces raisons que nous vous aimons, et celle d’être une femme et une battante en fait partie.

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Gigal octobre 25, 2016 - 8:02

Merci Corinne, j’approfondirai ce sujet mais avec les textes anciens égyptiens, ils savaient l’origine de ce problème….et ce n’est pas rien !

Reply
Gérard octobre 25, 2016 - 5:52

Je vais venir bientôt, si tu veux nous pourrons parler de ces problèmes, qui malheureusement n’existent pas que dans les pays dits émergents. Il y a gros à faire sur la malveillance machiste!!!… Mais sur ta dernière photo, j’en connais au moins deux de ces égyptiens sympas…

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